Le 30 novembre 2025, l’OGC Nice s’inclinait à Lorient (3-1). La défaite de trop pour des supporters déjà échaudés par une élimination en barrages de la Ligue des champions face à Benfica (deux fois 2-0), un parcours calamiteux en Ligue Europa (cinq revers d’affilée) et une humiliation à domicile face au rival marseillais (1-5). Au retour de l’équipe, la colère éclate. Des joueurs et des dirigeants sont insultés, menacés, agressés. Nommé quatre mois plus tôt, lejeune président Fabrice Bocquet démissionne. Jean-Pierre Rivère, qui venait de quitter leposte, revient à la rescousse accompagné du populaire Maurice Cohen, patron des Aiglons entre 2002 et 2009. Deux personnalités estampillées « Gym » pour éviter la noyade. Au final, un maintien en L1 d’extrême justesse après un barrage face à Saint-Étienne (0-0, 4-1) et une improbable épopée en Coupe de France vu le contexte (défaite en finale face à Lens 3-1).Désormais conseiller du maire Éric Ciotti, Rivère a cédé le fauteuil présidentiel à son aîné (71ans contre 69). Poignée de main franche et accent ensoleillé, Cohen veut remettre de l’humain et du « nissard » dans un club détenu depuis 2019 – pour combien de temps encore – par les Anglais d’Ineos. L’équipe est encore convalescente, le chantier est vaste mais l’entrepreneur madré semble prendre beaucoup de plaisir à le mener.

 

Auriez-vous imaginé revenir un jour ?

 

Même pas une minute. Je l’ai fait par amour du club. Après Lorient, j’avais dit à Fabrice Bocquet et à Jim Ratcliffe [propriétaire, NDLR] :« Je peux vous aider bénévolement, je connais bien les supporters. » J’en avais connu certains à l’époque, et pour d’autres, je les avais entraînés au Cavigal, un club historique de la ville. Bocquet a peut-être eu un peu peur de moi, ça ne s’est pas fait. Entre-temps, Jean-Pierre Rivère, qui voulait lui aussi aider, a discuté avec Jim Ratcliffe et lui a dit qu’il reviendrait le cas échéant avec moi. Notre tandem a été validé. Les six mois quiont suivi ont été très difficiles, on a été au bout du bout.

Quel était l’objectif ?

 

Sauver notre place. C’était fondamental. Depuis mon arrivée en 2002, le Gym avait toujours évolué dans l’élite. Quand on voit les clubs de l’époque, les Sedan, Nancy, Sochaux, Bordeaux, Metz, Nantes ou encore Montpellier, qui ne sont plus en L1, descendre était une pensée horrible.


L’ambiance, c’était un peu « seuls contre tous » ?


Pour faire dans la litote, on n’a jamais senti une grande aide des instances ou de qui que ce soit. Il n’y en avait que pour Saint-Étienne, qui devait remonter en L1. Après des incidents en tribunes [face à Metz en mai 2026], on avait écopé d’une suspension de deux matchs à huis clos alors que Nantes, pour un cas similaire, n’en avait pris qu’un. On s’était retrouvé à jouer le barrage de maintien [face à Saint-Étienne, 4-1] devant des tribunes vides. On a fait appel, on a perdu mais on va devant le tribunal administratif par principe. J’ai horreur de l’injustice et je n’ai pas compris que la Ligue et la Fédération ne reviennent pas sur ces décisions.

 

Certains supporters vous ont-ils fait honte ces dernières années ?

 

Non, je ne peux pas dire ça. C’est vrai qu’il y a eu des incidents avant mon retour. Certains supporters ne sont pas faciles, l’identité est forte. Quand ils font des conneries, ils en sont conscients, même si on parle d’une infime minorité. Certaines institutions nous reprochent d’être trop proches mais je ne le crois pas. Le pire serait qu’il y ait une cassure. J’ai déjà rencontré les associations quatre ou cinq fois. On essaie de travailler dans le même sens. Notre dialogue est vif mais entretenu.

 

Vous vous êtes finalement maintenus en L1 mais Jean-Pierre Rivère n’est plus là. Vous voilà de nouveau seul aux commandes…

 

Jean-Pierre avait prévenu qu’il arrêterait de toute façon. De mon côté, j’étais prêt à rester un an ou deux de plus pour aider le club. Je ne me projette pas au-delà. Ma vie est déjà faite. Je suis un amoureux du Gym, je veux qu’il retrouve un équilibre et redevienne un club normal.

 

Ce n’était plus le cas ?

 

Plus quand nous sommes revenus. Le Gym avait été dimensionné en 2019 pour concurrencer le PSG, pour reprendre les mots de l’époque. Il est aujourd’hui une belle entreprise mais on va dire que les repreneurs s’étaient un peu enflammés. Si j’avais eu les mêmes moyens, je peux vous dire qu’il ne serait pas dans le même état. Mon état d’esprit, c’est de revenir au niveau de bons clubs comme Lille, Lens ou Lyon. Je viens de signer un partenariat avec l’Acadèmia Nissarda, créée comme nous en 1904 et qui promeut l’histoire de la ville. On veut redonner une image qui corresponde aux Niçois, combative, offensive, qui leur redonne envie de suivre l’équipe. C’est ce qu’on met en place avec Roger Ricort [directeur sportif, ancien joueur et dirigeant du Gym] et Olivier Pantaloni [entraîneur arrivé cet été], qui font confiance à plusieurs jeunes de notre centre de formation.

 

Vous êtes l’un des clubs français les plus soudés à sa ville et à sa région…

 

On a déjà été récompensés à maintes reprises pour nos engagements. On lance et on suit beaucoup d’opérations de soutien aux malades, aux enfants en difficulté et bien sûr aux victimes de l’attentat du 14 juillet 2016. On pense chaque jour à nos 86 morts. On a fait il y a quelques jours une vente aux enchères de sièges du stade redessinés par des artistes locaux. J’en ai même acquis un [il l’a installé dans son bureau]. On a récolté plus de 90 000 euros qu’on va redistribuer aux associations de victimes. Pas seulement pour faire un geste, mais pour suivre au plus près l’utilité de nos actions.

 

Lors de votre première présidence, le Gym jouait au stade du Ray, petit chaudron de centre-ville. Que pensez-vous de l’Allianz Riviera, plus grand et excentré ? Est-ce un cadeau empoisonné ?

 

Non, c’est un magnifique cadeau. On a un club bâti pour l’Europe. Notre camp d’entraînement est somptueux, les terrains sont magnifiques, le stade aussi… On a tous les ingrédients. Nice, c’est la Côte d’Azur, il y a mille choses à faire, été comme hiver. Il faut être très bons pour attirer le public. Aujourd’hui, on a un noyau dur d’environ 18 000 supporters. On doit monter progressivement à 26 000 pour arriver aux 32 000 souhaités. C’est pour ça que j’ai fait enlever les bâches (un niveau avait été occulté) qui abaissaient sa capacité à 25 000 places. Ce stade, j’ai l’ambition de le remplir. Si on n’a pas d’ambition, on ne peut que régresser.

 

L’objectif, c’est de jouer l’Europe. N’est-ce pas justement trop ambitieux, vu d’où vous revenez ?

 

J’en ai marre d’être pessimiste. L’an dernier, on a souffert, on n’a regardé que le bas. Je veux insuffler un élan auprès des joueurs et du public. On a une belle équipe, équilibrée. Je pense qu’on peut surprendre pas mal de monde. Mon objectif minimum, c’est la septième place, en effet.

 

Quelle est l’ambition exacte d’Ineos pour l’OGC Nice ?

 

Tout le monde sait que le groupe a mis le club en vente. Je ne m’en occupe pas. Mon seul souci, c’est le quotidien. Pour l’instant, Ineos est avec nous, ils nous ont suivis sur tous nos recrutements. Je n’ai rien à leur reprocher, bien au contraire. J’ai trouvé des gens très motivés, un peu désabusés après leurs déboires, ce qui est logique. Aujourd’hui, en France, pratiquement tous les clubs sont en vente. Mais si j’étais un investisseur, entre Angers, Nantes ou Nice, je n’hésiterais pas.

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